Reflets divin

C’est l’histoire de Gilles

Gilles est marié et a quatre enfants. Toute sa vie, il a travaillé très fort afin de subvenir aux besoins de sa petite famille, même que parfois, il devait combiner deux emplois en même temps afin de boucler le budget.

France, son épouse, était très exigeante sur la nourriture, les vêtements et tout ce qui concernait la maison. Elle voulait que tout soit parfait et très chic afin de ne pas recevoir des critiques de son entourage. Gilles rouspétait souvent parce qu’elle ne se contentait pas de miettes. À chaque matin, il partait travailler, déjà fatigué de la journée qui était devant lui.

Les enfants étaient très près de leur mère, à l’exception de l’aîné de la famille. Lorsque Gilles rentrait de travailler, Yoan venait aussitôt vers lui pour lui demander ce qu’il pouvait faire afin qu’il puisse se reposer. À chaque fois, France intervenait pour lui dire d’arrêter de couver son père, qu’il était assez grand et assez fort pour travailler et ramener l’argent à la maison.

Un soir, Gilles demanda à France si elle serait intéressée à travailler quelques heures par semaine afin de l’aider. Elle lui cria un non très sec et commença à le dénigrer : Ma mère m’a toujours dit que tu étais un bon à rien, et plus ça va, plus je commence à la croire. Si tu penses que je vais aller travailler après quinze ans de mariage, tu as rêvé. C’est toi l’homme de la maison, prouve-le.

Stupéfait, il n’osa pas riposter et alla se coucher. Le lendemain matin, la même routine recommença. Il partit au travail comme d’habitude. Sur son chemin, il vit un grand arbre en plein milieu d’un champ. Il n’avait jamais remarqué cet arbre auparavant. Il s’arrêta, sortit de sa voiture et alla s’asseoir au pied de l’arbre. C’était un chêne.

Il se mit à regarder la nature qui s’offrait à lui. Il leva les yeux vers le ciel et fixa le soleil quelques secondes afin de bien ressentir la chaleur de ses rayons, puis il s’adressa à Dieu :

Dieu, aujourd’hui, j’aimerais te parler d’homme à homme. Tu me connais du tout au tout et tu connais aussi France. Tu sais aussi qu’elle est très exigeante envers moi parce qu’elle aime le luxe. Tu sais aussi que je travaille comme un forcené pour lui permettre de vivre dans ce luxe. Ça fait maintenant quinze ans que nous vivons de cette façon. Nous avons quatre beaux enfants que j’adore. Dieu, je ne suis plus capable de vivre de cette manière. Elle me parle comme si je n’étais rien et empêche Yoan de m’aider à mon retour du travail. Dieu, je suis tellement fatigué! Tout ce qu’elle veut, c’est mon argent et rien d’autres. C’est pourquoi, je te demande de m’éclairer. Mon cœur est brisé en deux et il est malade. Je ne veux pas lui faire du mal, mais elle m’en fait à tous les jours. Je n’ai plus de force pour continuer comme cela. Dieu, que dois-je faire?

Il attendit quelques minutes. Le silence régnait, aucune parole, aucun signe. Il remonta donc dans sa voiture pour se diriger vers son travail.

Tous les jours suivants, il alla s’asseoir au pied du grand chêne pour parler à Dieu. Les conversations se firent de plus en plus profondes. Il parvenait à dire ce qu’il ressentait. Quelques fois, il pleurait, et d’autres, il riait. Il ne s’apercevait aucunement qu’il était plus calme et qu’il parvenait à parler avec son cœur. Au bout de vingt-et-un jours, alors qu’il s’adossait sur l’arbre, une voix se fit entendre. Il sursauta, regarda autour de lui et ne vit personne.

Qui a parlé? demanda-t-il.

Ton Père, mon fils.

Il se mit à rire.

Mon père? Mais il est mort. Il ne peut pas me parler.

JE SUIS ton Père céleste, celui que tu appelles Dieu.

Dieu ne peut pas me parler, il peut juste m’écouter, voyons donc!

Erreur, mon fils, je peux te parler autant que t’écouter.

Comment fais-tu ça?

En passant par ton cœur.

Mon cœur? Mais il est fatigué et malade.

Non point, il ne l’est pas. Ce sont seulement tes émotions et tes sentiments qui le retenaient prisonnier. C’est pour cela que tu ressentais la fatigue et la lourdeur, rien de plus.

Comment se fait-il que je me sente si fatigué?

C’est parce que tu as laissé ton mental diriger ta vie au lieu de ton cœur.

Que veux-tu dire?

Tu as tout accepté de ton épouse, la façon dont elle te traite, ses affirmations pour te dénigrer et jamais tu n’as osé lui dire à quel point cela te blessait. Tu es donc coupable de ta fatigue. Tu as tellement peur de la perdre que tu t’enlises toi-même dans tes profondeurs. Tu n’arrives même plus à être toi. Tu as préféré être celui qu’elle voulait que tu sois.

Je ne m’en suis même pas rendu compte!

Les humains croient savoir comment aimer, mais en réalité, ils ne le savent pas.

Pourtant, je croyais que je l’aimais.

Tu l’aimes aussi, ne va pas croire le contraire, mais tu l’aimes de la façon que toi tu t’aimes.

Comment?

Si tu t’aimais pour qui tu es en te respectant, tu arriverais à l’aimer en la respectant, et elle te respecterait également.

Je crois que j’en ai perdu un bout.

Ce que je veux dire, c’est que tu lui as toujours accordé ce qu’elle voulait, même le plus farfelu. Alors, elle est habituée de recevoir tant qu’elle en veut. Aujourd’hui, tu te dis fatiguer et tu ne peux plus continuer ainsi. Pour elle, c’est un acquis. Tu veux qu’elle contribue, mais au début de votre mariage, tu voulais qu’elle demeure à la maison pour éduquer tes enfants.

Est-ce que tu es en train de me dire que c’est moi qui suis responsable de tout ça?

Eh oui!  Tu as tout compris.

C’est bien compliqué, la vie. On veut faire plaisir, être bien et que notre famille ne manque de rien, et tout nous saute en plein visage.

Il y a pourtant un moyen de rétablir la situation.

Ah oui! Et lequel?

Aime-toi, respecte-toi et parle avec ton cœur.

C’est facile à dire.

Essaie et tu verras. Je reviendrai pour t’écouter et te parler à nouveau.

D’accord! Je vais essayer.

Et Gilles s’en retourna en se sentant coupable de ce qu’il avait fait.

Au lieu de se rendre au travail, il rebroussa chemin et rentra à la maison. Sachant que les enfants seraient en classe, il pourrait parler à France.

Une fois à la maison, il trouva France couchée sur le canapé, l’air désinvolte. Elle n’ouvrit pas les yeux.

Gilles s’approcha d’elle et lui demanda de s’asseoir pour discuter.

Elle s’assit et le regarda droit dans les yeux, l’air furieux.

Que fais-tu à la maison à cette heure?

Il m’est arrivé toute une aventure que j’ai le goût de partager avec toi. Est-ce que tu veux bien?

Je t’accorde une demi-heure, et après, tu files au travail.

Il s’empressa de lui raconter tout ce qui s’était produit pendant les vingt-et-un jours et lui dit qu’il venait d’avoir une conversation avec Dieu.

Elle se mit à rire. Elle ne croyait pas que Dieu puisse adresser la parole à personne.

Il lui dit que c’était pourtant la vérité et lui raconta la conversation en détail.

Elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Il la prit dans ses bras et lui dit qu’il l’aimait.

Si tu m’aimes, pourquoi as-tu refusé que je travaille au début de notre mariage?

Mais, c’était pour que tu t’occupes de nos enfants.

Je pouvais le faire en même temps, tu sais. J’étais tellement frustrée que dans ma tête, tu allais travailler pour deux.

Je ne savais pas à quel point c’était important pour toi.

J’ai toujours eu l’impression de vivre à tes crochets, et puisqu’il en était ainsi, ça allait te coûter cher. Je me suis vengée et je regrette aujourd’hui, car je ne voulais pas en arriver là. Plus tu payais et plus j’aimais ça. J’ai développé des goûts dispendieux avec le temps.

Ils se turent tous les deux en se regardant dans les yeux où l’un pouvait voir la tristesse de l’autre.

France s’approcha, prit Gilles par le cou pour l’attirer vers elle et l’embrassa tendrement.

Comme à son habitude, Yoan se dirigea vers son père à son arrivée à la maison pour lui demander s’il pouvait l’aider. À sa grande surprise, sa mère lui répondit que s’il le voulait bien, il pouvait surveiller ses frères et sa sœur pendant la soirée. Les yeux écarquillés, il répondit que cela lui plairait.

France et Gilles allèrent souper au restaurant dans un coin tranquille où ils discutèrent une grande partie de la soirée. Le lendemain matin, lorsque vint le temps pour Gilles de se rendre au travail, il embrassa France tendrement avec un sourire complice.

Il s’arrêta au pied du grand chêne, ouvrit grand les bras et dit :

Dieu, j’ai compris comment il fallait parler avec son cœur. Je me sens en pleine forme et j’ai déjà hâte de retourner auprès de France pour communiquer ensemble. Tu avais raison, c’est facile de parler avec son cœur quand on nous apprend comment le faire.  Merci, Dieu.

Merci à toi d’avoir écouté mes enseignements que je t’ai toujours transmis, car avant, tu entendais seulement. Poursuis ta route avec le cœur grand ouvert, et le bonheur sera tien.